Michel-Ange en français

Genre : comédie cruelle et sociale

Distribution : 2 hommes

Durée : 45min

Editeur : Tertium éditions

Résumé :

Un patron d’entreprise convoque l’un de ses employés pour un entretien un peu spécial. Féroce, cruel et drôle. Un face à face âpre où celui qui paraît le plus fort n’est pas celui qu’on croit. 

Diffusée sur France Culture en Juillet 2001.

Réalisation Michel Sidoroff

Distribution :

L’ouvrier : E . Di Giovani – Le directeur : Philippe Magnan

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EXTRAIT

…/…

L’OUVRIER (au loin)

Je peux entrer ?

LE DIRECTEUR

Fermez la porte.

       On ferme la porte. Puis des pas s’approchent, tout près.

L’OUVRIER

Vous avez demandé à me voir, monsieur le directeur ?

LE DIRECTEUR (sans répondre)

Qu’est-ce qui est écrit, ici, devant vous ?

L’OUVRIER (lisant)

Pas de question inutile.

LE DIRECTEUR

Et ici ?

L’OUVRIER

Allez à l’essentiel.

LE DIRECTEUR

Et enfin sur le mur, derrière moi ?

L’OUVRIER

Le temps c’est de l’argent.

LE DIRECTEUR

Non. Pas exactement.

L’OUVRIER

Le temps c’est mon argent.

LE DIRECTEUR

Oui, MON argent ! Le mien. En me demandant si j’ai l’intention de vous recevoir, alors que c’est moi qui vous ait fait appeler, vous me faites perdre du temps, vous vous faites perdre du temps, vous perdez le temps de l’entreprise et, par conséquent, nous dépensons inutilement, vous et moi, MON argent. Vous comprenez cela ? Si la concurrence est particulièrement redoutable c’est parce qu’elle a su devenir performante en supprimant les déperditions d’énergie. Le véhicule le plus rapide est celui qui freine le moins. C’est clair. Aussi, quand je vous convoque, et même si vous ne connaissez pas le sujet de notre entrevue… (il claque du doigt et désigne le premier écriteau que l’ouvrier s’empresse de relire)

L’OUVRIER

Pas de question inutile.

Nouveau claquement de doigt.

Allez à l’essentiel.

Nouveau claquement de doigt.

Le temps c’est mon argent.

LE DIRECTEUR

Bien. Asseyez-vous !

       L’ouvrier s’assoit sur une chaise.

LE DIRECTEUR

De même, lorsque je traverse votre atelier… (changeant d’idée) Vous voyez cette pendule ? Quelle heure est-il ?

L’OUVRIER (se lève pour aller voir)

Dix heures dix, monsieur le directeur.

LE DIRECTEUR

Asseyez-vous ! (un temps)… Et quelle heure avez-vous, vous ?

L’OUVRIER

Dix heures dix, monsieur le directeur.

LE DIRECTEUR

Tout concorde. Je peux donc affirmer sans me tromper que ce matin, à dix heures cinq, lorsque j’ai traversé votre atelier, vous mangiez ?

L’OUVRIER

Oui monsieur.

LE DIRECTEUR

Un sandwich au pâté.

L’OUVRIER

Aux… rillettes…monsieur le…

LE DIRECTEUR

Admettons. Et hier ? Que faisiez vous hier ? A dix heures cinq ?

L’OUVRIER

Je mangeais.

LE DIRECTEUR

Un sandwich ?

L’OUVRIER

Oui monsieur.

LE DIRECTEUR (ironique)

Aux rillettes ?

L’OUVRIER

Non monsieur, hier c’était au pâté… je crois.

LE DIRECTEUR (froid)

Très drôle.

L’OUVRIER (humble)

Excusez-moi monsieur le directeur.

LE DIRECTEUR

Et avant-hier, à la même heure ?

L’OUVRIER

Je ne sais plus monsieur le directeur.

LE DIRECTEUR

Réfléchissez un peu.

L’OUVRIER

Au jambon peut-être.

LE DIRECTEUR

Je ne parle pas de ça ! Avant-hier, à dix heures cinq, que faisiez-vous monsieur ?

L’OUVRIER

Je mangeais.

LE DIRECTEUR

Avant-hier aussi ?

L’OUVRIER

Oui monsieur.

LE DIRECTEUR

Alors c’est tous les jours ?

L’OUVRIER

Tous les jours, oui monsieur le directeur.

LE DIRECTEUR

Tous les jours, à dix heures cinq, vous mangez donc un sandwich au pâté, aux rillettes ou au jambon ?

L’OUVRIER

Oui monsieur.

LE DIRECTEUR

Mais alors vous ne faites que ça !… manger des sandwichs. Je ne peux pas faire un pas dans mon usine sans vous rencontrer avec vos sandwichs ! Vos sandwichs ! Vos sandwichs !!

L’OUVRIER

Mais monsieur le…

LE DIRECTEUR

Je vous vois toujours en train de manger des sandwichs.

L’OUVRIER

Mais monsieur…

LE DIRECTEUR

Taisez-vous ! Je ne vous paie pas pour manger des sandwichs.

…/…