Mendiants d’amour

Genre : comédie

Distribution : 2 femmes, 2 hommes minimum

Durée : 1h30

Editeur : L’Avant-Scène Théâtre

Résumé :

Dans un univers faisant appel au souvenir, au vécu et à l’imaginaire, l’auteur a brossé une vingtaine de tableaux dans lesquels l’homme et la femme tentent de partager un sentiment appelé amour. Tentatives où transpirent parfois la maladresse, le regret aussi, la nostalgie souvent mais la tendresse toujours. Que ce soit un veuf et une veuve comparant leurs veuvages, un homme se servant d’une lettre de rupture pour draguer, un quinquagénaire faisant le bilan de ses conneries, un metteur en scène préparant une scène de baiser, deux femmes évoquant le parcours de la main dans l’épreuve des caresses, un groupe d’errants voyant passer le fantôme du bonheur…Toutes, tous déambulent dans la vie avec leurs valises remplies des souvenirs d’un sentiment partagé…ou non, toutes, tous très différents de nous et pourtant si semblables.

Epuisé

Extrait

…/…

Ils sont plusieurs, avec des valises, ils regardent dans plusieurs directions. Soudain une fille dit :

Le voilà !

Où ça ?

T’es sûre ?

C’est pas lui.

Si, regardez bien. C’est son portrait tout craché.

Peut-être….

En effet…

Je le voyais plus grand….

Ah oui, quand on le regarde bien….

Ça se peut….


Ils regardent tous quelque chose ou quelqu’un qui passe.

Tous : – Qu’est-ce qu’il est beau !

Un temps.

On s’y attend, on s’y prépare et quand il arrive, on est tout….

Moi c’est bien comme ça que je l’imaginais.

Moi j’imaginais pas, j’osais pas.

Moi je croyais que ça n’arrive qu’aux autres.

Moi je pensais que c’était trop tard.
Un temps.

Je sais pas vous mais moi ça me transforme.

Ça m’excite !

Ça me fait du bien.

Je me sens belle.

J’ai faim.

Ça me donne envie de pleurer.

Je veux plus mourir.

Soudain « ça » s’arrête de passer.

Tous : – Il s’arrête !

Un temps.

On le voit vraiment bien.

Il a l’air très simple, pas compliqué du tout.

Il a l’air très doux.

On doit être bien avec lui.

Je me sens vraiment belle.

J’en ai encore jamais vu d’aussi prêt.

On dit que ça donne des palpitations.

Vous croyez qu’il nous a vus ?

Moi il m’a vu.

Moi ça me gêne de le regarder.

Quand je raconterai ça aux copines !

Moi je le dirai à personne. Je le garderai pour moi.

Taisez-vous ! Vous m’empêchez de bien le voir.

Silence.

Faudrait y aller.

Faudrait lui parler.

Lui faire signe.

Je suis belle, non ?

Faudrait attirer son attention.

Sortir de l’ombre.

Bouger.

Tendre la main.

Tendre ses lèvres.

Ouvrir son cœur.

Vous avez fini vos saletés !

Allez-y, vous qui êtes au près.

Non, moi d’abord.

Puisque je vous dis que je suis belle !

Mais moi aussi !

J’ai une de ces patates !

C’est drôle, il me fait penser à mon père.

Moi à Tino Rossi.

Vous avez fini vos saletés !

Je crois que je suis prêt à tout pour lui.

Ce sera formidable ! J’en suis sûr.

Quand je l’aurai, je verrai le monde tel qu’il est.

Mieux qu’il est !

Comme il devrait être !

Quand je l’aurai, je serai différente.

J’ai jamais été aussi belle !

On sera inséparable.

Les autres seront jaloux.

Les autres n’existeront pas.

On se fout des autres ! Y’a que lui qui compte.

En avoir un à soi, ça doit transformer l’univers.

Je crois que je me sens prête.

Non, je vais y aller.

Non, moi, soyez pas vaches !

Mais enfin, vous avez vu vos têtes ?

Il faut que ce soit moi.

Il faut que ce soit moi.

Il faut que ce soit moi.

Il faut que j’y aille.

Aïe ! Mais vous êtes folle !

C’est sûr, je vais y aller.

Elle est vraiment folle.

Bon, allez, je me lance.

Laissez-moi passer.

Un, deux, trois…

Soyez pas ridicules, il est pour moi.

Pour moi !

Pour moi !

Pour moi !

Vous avez fini vos saletés ?

(criant) JE-SUIS-BÊÊÊÊLLE !!

Un deux trois……

Long silence. Il ne part pas, il disparaît d’un seul coup. Était-il vraiment là ? Les voix deviennent faibles, éteintes.

Il est parti.

Voilà !….Qu’est-ce que je disais ?

Ah !…..Il est……il est……

Pourquoi ?

Où ?

Qu’est-ce qu’on a ?…..

Fallait…..fallait…..aurait fallu…..

Il a rien dit ?

Il va revenir ?

Vous voyez !…..Vous voyez !

Je me sens laide.

J’ai jamais été aussi……..

C’est fini.

Ils reprennent leur valise, s’ils l’avaient posée. Ils partent, silencieux. La dernière personne à se mettre en route semble moins triste que les autres.

C’est la première fois que je le vois d’aussi près.