Le feu aux planches

Genre : comédie amère

Distribution : 2 femmes, 1 homme

Durée : 1h30

Editeur : inédit

Résumé :

Sylvia est une comédienne surmenée, fatiguée et un peu paranoïaque. Elle pense qu’on l’attend à la sortie du théâtre pour lui vouloir du mal, la déstabiliser, l’évincer. Et ces femmes qui l’attendent ressemblent curieusement à sa partenaire de scène. Ce qui crée de regrettables tensions avec le metteur en scène et des dérapages en public. Sylvia est-elle encore capable d’endosser son personnage ? Doit-elle consulter un psy ?

Extrait

…/…

SYLVIA

Ouvrez-moi la porte.

MARJORIE

Non.

SYLVIA

Pourquoi ?

MARJORIE

Je vous l’ai dit, pour vous faire chier.

SYLVIA

Vous êtes folle ou quoi ? Pourquoi voulez-vous me faire chier ?

MARJORIE

Parce que je ne vous aime pas.

SYLVIA

On ne se connait même pas.

MARJORIE

C’est pas parce qu’on ne connaît pas les gens qu’on ne doit pas les faire chier. Au contraire, c’est même plus pratique. Si on fouille, on finit par leur trouver des qualités. Vous, je ne vois que vos défauts.

SYLVIA

Bon, ce que vous dites est totalement absurde ! Ouvrez-moi.

MARJORIE

Non.

SYLVIA

Ouvrez-moi ou je vous saute dessus. J’ai fait du judo, je vous préviens.

MARJORIE

Et moi du Taekwondo. Je vous réduis en miette si je veux.

SYLVIA

Si c’est une blague, elle n’est pas drôle.

MARJORIE

Ce n’est pas une blague. Ce ne peut pas être une blague, je n’ai aucun sens de l’humour.

SYLVIA

Ecoutez, vous ne m’aimez pas, c’est votre droit. Quand on est comédienne on s’expose à plaire et à déplaire. C’est le jeu. Ou le risque. Comme on veut. Mais en toute logique, si vous ne m’aimez pas, vous devriez éviter de passer du temps avec moi. Non ?

MARJORIE

Mais je ne suis pas logique. La preuve, tout le monde vous aime et moi je vous déteste.

SYLVIA

Et alors, c’est quoi ce… ce truc ? Un kidnapping ? Vous voulez m’enlever et demander une rançon ? Vous allez être déçue, ma côte a chuté depuis le flop de mes deux derniers films.

MARJORIE

L’argent ! Vous croyez qu’il n’y a que ça dans la vie. Faire chier ça ne rapporte pas un centime mais ça rapporte gros au niveau satisfaction. C’est jouissif.

SYLVIA

Ah bon ? Qu’est-ce que ça a de si jouissif ? Expliquez-moi.

MARJORIE

Ben par exemple, en ce moment, vos collègues se disent que vous avez dû changer d’avis et aller dîner ailleurs, avec quelqu’un d’autre, sans même prévenir. Ils ne trouvent pas ça très chouette. Il y en a quelques-uns qui vont dire « ça ne m’étonne pas d’elle », ça va se lâcher, dans cinq minutes on va retirer votre couvert et commencer à vous casser du sucre sur le dos. Ça m’amuse de penser ça.

SYLVIA

Vous n’avez pas entièrement faux. Les langues de vipères se délient très vite. Mais où vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’à la garde c’est que je ne vais pas leur en laisser le temps. Un petit coup de fil pour prévenir et hop, votre jouissance aura été de courte durée.

Elle fouille dans son sac, fouille et refouille, s’énerve, ne trouve rien.

MARJORIE (riant)

Ne cherchez pas. Je suis passée dans votre loge pendant la représentation.

SYLVIA

Voleuse en plus. Rendez-moi mon téléphone.

MARJORIE

Non. Ça vous fait bien chier, ça, non ?

SYLVIA

Pauvre folle. Je vais monter à l’administration et me servir du fixe.

MARJORIE

L’administration est fermée après la fin du spectacle.

SYLVIA

Mais qu’est-ce que vous voulez, pauvre dingue ? Me faire chier, oui, ça j’ai compris. Mais ça veut dire quoi ? J’ai raté mon diner, je vais rater le dernier métro, mon mec se sera endormi devant la télé et alors ? Ça suffit à combler votre vie ? C’est ça votre bonheur, gâcher celui des autres ?

MARJORIE

Et vous, c’est quoi votre bonheur ?

SYLVIA

Ohlala, si vous avez envie de philosopher avec moi, vous vous y prenez mal. Il y a des préambules plus sympathiques.

MARJORIE

Non, allez-y pour voir, répondez, c’est quoi le bonheur pour vous.

SYLVIA

C’est de vivre loin de gens comme vous, les aigris, les revanchards qui ne font rien de leur vie et qui ne supportent pas que les autres réussissent. Seulement, réussir, ça ne vient pas tout seul. Pour ça il faut bosser

…/…